Le Gouvernement du Grand-Duché de Luxembourg - Ministère de la Culture
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Jules Krüger

Jules Krüger - Portrait

 

Compositeur: Jules Krüger 

 

Interprètes: Annie Kraus, piano; Vania Lecuit, violon (# 12); Alexandre Khramouchine, violoncelle; Damien Pardoen et Xavier Vander Linden, violons (# 13); André Kieffer, contrebasse

 

Producteur: Noise Watchers

 

Editeur: Noise Watchers

 

Pays: Luxembourg

 

Année2007

 

 

C'est grâce à l'initiative de la jeune pianiste Annie Kraus que l'œuvre complète pour piano de Jules Krüger est rendue accessible au public. A part deux enregistrements inédits à ce jour, on trouvera également une 1re édition du Poème dans une version pour violon et piano. Même si ces œuvres évitent toute prise de conscience par rapport aux révolutions musicales du XXe siècle, elles constituent sans aucun doute quelques pierres précieuses du patrimoine musical luxembourgeois. Au niveau de la courte et modeste histoire de la musique au Grand-duché, Krüger a le mérite d'appartenir à la génération de compositeurs d'esprit pionnier.

Que cet enregistrement puisse être un remède contre l'oubli d'un compositeur dont les réactions datent d'une période où la conscience culturelle était loin d'être celles d'aujourd'hui.

Claude Lenners

 

 

Informations complémentaires

 

Titres

 

1-6 -   Préludes (piano solo): [2'16] [2'27] [1'38] [4'02] [4'45] [4'34]

7 -      Cortège  (piano solo): [4'39]

8 -      Berceuse (piano solo): [4'41]

9-10 - Prélude & Fugue en la  (piano solo): [2'32] [3'39]

11 -    Mélancholie  (piano et violoncelle): [6'44]

12 -    Poème (violon et piano): [12'21]

13 -    Rêverie  (piano, deux  violons, violoncelle et contrebasse): [4'36]</b></li>

 

 

Réalisé par Jeannot Nies, cet enregistrement est la dernière production effectuée dans les locaux de la Villa Louvigny, ancien siège de l'Orchestre Philharmonique du Luxembourg.

 

Editions Noise Watchers

now@pt.lu - www.nowa.lu

Copyright Janvier 2007

NoWa 20070129CDA

 

 

Jules Krüger (1899-1976)

 

Loll Weber

 

NOTES BIOGRAPHIQUES

 

Jules Krüger, né le 27 mars 1899 à Luxembourg, commence ses études musicales (violon, harmonie, piano) au Conservatoire de sa ville natale. Après un Premier Prix de violon avec grande distinction  acquis à l'âge de 17 ans, il rejoint au Conservatoire de Liège les cours du réputé violoniste et pédagogue belge Mathieu Crickboom. A peine une année plus tard, le talentueux musicien luxembourgeois y remporte à l'unanimité du jury un Premier Prix avec distinction. De 1918 à 1930 Jules Krüger vit à Bruxelles où il suit, maintenant comme élève privé,  les cours du professeur Crickboom pour le violon, de Henry Sarly pour la théorie musicale, et bientôt les cours de composition et d'instrumentation de Paul Gilson. Pendant ces années bruxelloises, le violoniste Jules Krüger fait partie de plusieurs orchestres symphoniques de la capitale belge.

Mais la crise économique mondiale a des répercussions néfastes pour la vie culturelle belge - quelque 2000 musiciens au chômage à Bruxelles - et oblige Jules Krüger en 1929 à revenir au Luxembourg. A la date du 1er mai 1933, il finit par obtenir la nomination comme professeur de violon à la jeune Ecole de Musique d'Esch-sur-Alzette. La même année il fonde avec  ses collègues Camille Massard (alto), Jules Spedener (violoncelle) et Jean Dax (piano)  le " Quatuor luxembourgeois " qui ne tarde pas à se faire une réputation flatteuse tant au Luxembourg qu'à l'étranger. Jusqu'à l'invasion allemande en 1940, les concerts publics et les émissions radiophoniques de l'ensemble eschois comptent parmi les manifestations les plus en vue de la vie musicale luxembourgeoise.

Quand après la guerre, en 1947, un poste de professeur de violon est vacant au Conservatoire de Luxembourg, Jules Krüger s'y présente et obtient sa nomination à la suite d'un concours international. Au même établissement on lui confie par après une classe d'harmonie. Le violoniste Jules Krüger reprend ses activités chambristes. Il fonde avec René Eiffes (alto), Jean Join (violoncelle) et Herbert Scherer (piano) le " Quatuor à clavier de Luxembourg ". Le nouvel ensemble, dont l'assurance instrumentale et musicale se confirme avec rapidité, ne cesse de cultiver le répertoire classique et se voue notamment à l'étude et à la propagation des oeuvres de l'école belge (Loeillet, Lekeu, Jongen, Poot, Absil etc.). Outre les concerts au Luxembourg, le " Quatuor à clavier de Luxembourg " se produit à l'INR de Bruxelles, à Sarrebruck, à Liège et dans les studios de Radio Luxembourg.

Pendant toutes ces années, Jules Krüger assure donc avec succès et bonheur la double fonction d'interprète et de pédagogue. Une troisième vocation de Jules Krüger lui procure moins de satisfaction et de reconnaissance, c'est celle du compositeur. Dès ses années d'études il s'adonne à la composition,  tant dans le domaine symphonique que dans celui  de la musique de chambre. Mais l'écho publique est modeste, ce qui  décourage de plus en plus le musicien.  A partir de 1963, Jules Krüger, homme effacé et sensible,  se retire de la vie musicale et arrête  toute activité créatrice. Ses dernières années, il les passe dans l'isolement. Le Luxembourg, il faut en convenir, ne s'occupe plus guère ni du musicien, ni surtout du compositeur Jules Krüger. Et ses oeuvres, on finit par les  oublier. Jules Krüger en souffre énormément. C'est dans l'amertume la plus triste qu'il s'éteint le 31 mai 1976 à l'âge de 77 ans.  

 

LE COMPOSITEUR

 

Déjà pendant ses années d'études à Bruxelles, Jules Krüger s'adonne à la composition. Dès les premières pages pour piano, redisponibles depuis quelque temps, il refuse, comme le signale Guy Wagner ("Luxemburger Komponisten heute", 1986),  la conception  et l'écriture plutôt faciles de la tradition musicale luxembourgeoise. Une note  personnelle se dégage des " Variations sur une chanson luxembourgeoise "D'Margréitchen" pour grand orchestre que Jules Krüger élabore vers 1938. L'auteur y  révèle un penchant fort prononcé pour un coloris instrumental subtil, un folklorisme réfléchi et un élargissement harmonique constamment contrôlé. Cette œuvre attachante, dont la création est assurée en 1939 par l'Orchestre de Radio Luxembourg sous Henri Pensis, constitue en quelque sorte la naissance de la musique symphonique luxembourgeoise. Toujours est-il que cette suite de neuf variations, suivies d'une coda, témoigne d'une imagination réelle et personnelle qui ne tarde pas à se confirmer dans les œuvres ultérieures.

Après l'Ouverture patriotique "Letzebuerg", terminée par un épilogue choral  sur le chant national (1945), Jules Krüger  retient l'attention avec les  variations symphoniques sur "Dräi Faarwen" de Michel Lentz (1947). Le thème y est traité avec grande liberté et le développement harmonique s'avère aussi assuré que solide.

Noblesse d'expression, différenciation harmonique et délicatesse rythmique marquent l'importante partition suivante: La "Suite picturale" en quatre parties de 1948. La première exécution en est assurée par le l'Orchestre Symphonique de l'INR de Bruxelles sous la direction de Franz André. C'est pour le compositeur Jules Krüger la première confirmation sur le plan international. Plein de lyrisme et de distinction  se présente le "Poème pour violon et orchestre" de 1949 où l'auteur sait ingénieusement combiner la sensualité de l'instrument solo avec la densité du discours orchestral. De ce "Poème" existe, de la main du compositeur, une version pour violon et piano. C'est d'ailleurs une des caractéristiques de l'auteur : maintes pages nous sont parvenues en deux, voire trois versions différentes. Le drame lyrique "Melusina" (1951), dont l'auteur a tiré une suite orchestrale, attend toujours sa création. Notons encore l'élaboration toujours soignée et distinguée des œuvres suivantes: "Cinq Préludes" pour le "Summerdraam" de Marcel Reuland, "Cinq Préludes" et "Prélude et Fugue" pour quatuor à cordes, un Quatuor pour flûte, hautbois et 2 violons, plusieurs brèves  œuvres de musique de chambre, des pièces pour piano, des arrangements pour orchestre d'harmonie ainsi qu'une quinzaine de pages vocales.  

Enfin en 1963, Jules Krüger remporte avec "Trois Pièces pour quatuor à cordes" et avec l'ambitieux "Mouvement symphonique" le Prix de composition musicale de Radio Luxembourg. Par après  Jules Krüger, déçu  et découragé, se taira et comme musicien  et comme compositeur. Il faut vivement regretter ce retrait volontaire, prématuré et malheureusement définitif.

 

OEUVRES POUR ET AVEC PIANO

 

Les œuvres pour piano, peu nombreuses et comptant sans doute parmi les  premières manifestations du compositeur Jules Krüger, ne sont guère connues. Le présent enregistrement permet donc de découvrir un répertoire ignoré mais précieux. Quelques-unes de ces pages sont à considérer comme de véritables révélations qui viennent enrichir substantiellement le patrimoine musical luxembourgeois pour le piano solo. En général, on ignore les circonstances de leur élaboration tout comme la date de leurs premières réalisations. Plusieurs de ces pages  constituent  des adaptations de partitions conçues pour d'autres formations. Sont-elles des versions originales primaires ou des réductions postérieures ?

L'origine des "Six Préludes pour piano" est claire : ils datent - selon Guy Wagner - des années de 1920 à 1950. Même si ces six pièces n'ont pas été élaborées d'un trait, on n'y constate aucune rupture de style. Tantôt rêveurs et mélancoliques, tantôt mouvementés et véhéments, ces morceaux rhapsodiques, presque narratifs, révèlent une maîtrise dans le maniement du matériel sonore, une imagination et surtout une sensibilité qui s'imposent sans discussion. Tout y est  tension et dans le dernier des six mouvements, Jules Krüger fait aboutir sa  promenade musicale dans une sorte de marche funèbre aussi surprenante qu'impressionnante. La résignation mise en musique! Un très beau cycle !

Les deux esquisses "Cortège" et "Berceuse", qui existent aussi en diverses autres versions,  sont incontestablement des pages de la première période créatrice de l'auteur. Une atmosphère de sérénité grave, presque objective, en constitue l'attrait majeur.

Dans la partition portant le titre "Prélude et Fugue",  qui existe aussi en version pour quatuor à cordes, Jules Krüger rend hommage à la forme et au langage musical du style classico-baroque. C'est un souffle véritablement bachien qui marque la progression de cette belle page. Une fois de plus, le compositeur opte pour une fin inattendue : il renonce au brio, mais fait aboutir la fugue dans une attitude empreinte de résignation et d'amertume.

"Mélancolie , œuvre de jeunesse également,  apparaît dans cet enregistrement dans une version pour violoncelle et piano. Mais ne serait-il pas opportun de parler plutôt d'une page pour piano avec accompagnement d'un violoncelle ? En effet, les moments forts sont confiés  au clavier, alors que l'instrument à cordes, par son lyrisme simple et chaleureux, semble affirmer le contenu expressif  de la partie du piano.

Nous restons dans le néo-romantisme avec "Rêverie" pour violon, violoncelle, piano et contrebasse. Initialement conçue pour quintette à cordes, cette "Rêverie" se présente comme une sorte de méditation sur une chanson populaire luxembourgeoise imaginaire. C'est sincère, généreux  et arrangé avec un savoir-faire irréprochable.       

Enfin, le "Poème pour violon et piano" date de 1949. De structure tout à fait classique (Sonatenform), cette sorte de ballade instrumentale fut créée dans sa forme originale (violon et orchestre) en septembre 1953 par l'Orchestre de RTL sous Henri Pensis avec Richard Philippi en soliste. Lors d'une reprise en concert publique (1960), l'œuvre est présentée de la façon suivante : "Après une courte introduction, le violon-solo expose un premier thème de caractère chantant. Le deuxième thème, plus rythmique, est d'abord réservé à l'orchestre, mais il est vite repris par le violon. Après la reprise variée de l'exposition, le développement se poursuit en forme de dialogue. Dans la réexposition, les deux thèmes reviennent dans la tonalité principale. L'œuvre s'achève par une coda, où le violon monte dans une tessiture de plus en plus haute avant de s'éteindre " morendo " dans les harmoniques aigues de l'instrument".

En 1955, le journaliste luxembourgeois Léon Blasen, ami du compositeur, caractérise cet art dans les termes suivants : "Krüger recherche surtout la pureté et la simplicité de la forme. Son inspiration est sobre et précise. Sachant allier la rigueur de la syntaxe à la spontanéité de l'invention, tout ce que sa musique exprime est définitive et sans faille". Cette éloquente appréciation vaut pour le "Poème" comme pour toute la production de Jules Krüger.

 


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